La rencontre impensable de la foi et de la raison

Lou Andréas-Salomé et Sigmund Freud
à l’Institut français de Vienne le 14 juin 2003
(Colloque : « Freud et Vienne »)

 « Depuis qu’en automne dernier, j’ai pu assister au congrès de Weimar, l’étude de la psychanalyse me hante sans cesse et plus je m’y plonge, plus elle me retient« [1]

C’est ainsi que, le 27 septembre 1912, de sa maison de Göttingen, Lou interpelle l’inventeur de la psychanalyse.

En mai 1936, c’est lui qui s’adresse à elle :

« Que vous écrire?…Encore une fois que vous dire? Seulement que je ressens, comme dans chacune de vos lettres, le fait que vous me parlez trop peu de vous »

Elle ne lui répondra pas.
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La pulsion invoquante* (Du malentendu au cri)

« S’il n’espère pas l’inespérable, il ne le découvrira pas, étant inexplorable et sans voie d’accès »

Héraclite[1]

Pour nous approcher de l’objet de la psychanalyse, nous allons nous mettre en direction de la pulsion invoquante.

Nous examinerons d’abord sa singularité. Nous préciserons ensuite le changement qu’elle crée dans le transfert et son lien avec le traumatisme selon qu’il est abordé avec Freud ou Lacan.

Nous terminerons sur ce qui la convoque à partir du cri de Don Juan de l’opéra de Mozart.
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Texte de Jean-Yves Montagu

La voie est libre quand la voix se réalise

A la notion de biographie, il préfère celle de trajectoire(s). Une façon de mettre son interlocuteur en prise et aux prises avec la mise à prix d’une topologie de parenthèses que la psychanalyse use comme d’une corde vocale.

A ce titre, le nouage de sa pratique de psychanalyste avec celle de chanteur lyrique amateur le conduit à interroger d’une part les limites de la « substance pensante » et de la « substance étendue », d’autre part ce qui les précède de façon inouïe et invisible « la substance jouissante »[1]. Pour la mise en voie de notre infini créateur.

Aussi… Quand il parle, sa voix résonne d’une démarche ouverte à la profondeur de champ d’un sens que la voie esquisse comme un chant avant de disparaître dans l’entre d’eux. Pour y enfanter le Trois qui danse par-dessus les toits, vers l’aine d’un point où « Jouir du savoir, c’est attraper un bout de réel qui n’est plus la troisième dimension apparue à côté des deux autres mais ce qui les fait trois… Instant inoubliable »[2]
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Une présence anonyme [1]

« La voix est libre, libre d’être autre chose que substance »
J. Lacan « la troisième »

Un secret le plus secret : l’ »ex-time »

Un film et un livre récents[2] sur les témoignages de treize élèves de Lacan d’origine et de période différentes montre à quel point sa présence savait faire apparaître une certaine présence chez celui qui l’entendait et qu’il entendait : tel est l’horizon où porte, à mon avis, lire et entendre Lacan.

Dans cette perspective, je me propose d’essayer de transmettre le savoir de cette rencontre qui ne va pas de soi puisqu’il ne relève pas de la signification plus ou moins éclairée des commentaires. Insaisissable, il est mise en continuité symbolique du plus extérieur de l’intime du Sujet et du plus intérieur de l’extériorité de l’Autre. Pour nommer ce secret le plus secret de l’humain, Lacan a fait appel au génie de la langue en créant un néologisme : « ex-time ».
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L’intime*[1]

« De traumatisme, il n’y en a pas d’autre :
l’homme naît malentendu » J. Lacan [2]

Le réel de l’expérience

Nous sommes redevables à Freud et à Lacan de nous avoir transmis l’importance du réel de l’expérience. Nous avons, à notre tour, à prendre en compte cette mise. Cela ne va pas de soi : insaisissable, il ne peut être mis à une place et si nous pensons, selon la logique moïque, que nous pouvons le déplacer, nous oublions que c’est lui qui nous déplace. Dès lors, qu’est-ce qui fait qu’un analyste accepte de ne pas s’en décharger? Qu’implique de s’en charger?

Je suis redevable, quant à moi, à Alain Didier-Weill puisque j’en ai aussi trouvé la trace d’abord dans ses écrits et ensuite dans nos échanges fréquents depuis le congrès de la revue Apertura sur « le Witz et l’interprétation » en avril 1989 à Strasbourg.
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Heimlich unheimlich

Nous devons à Freud, à Lacan de nous avoir transmis le réel de l’expérience. L’important est, en outre, de prendre la mesure de la façon dont il est transmis puisque l’expérience du transfert s’appuie, pour nous, sur les effets de sa rencontre.

Pour ma part, je dois à Alain Didier-Weill de m’avoir permis, à partir de son travail, une certaine approche de la façon dont le réel intervient la clinique du transfert. Dans ce que je vais essayer de vous proposer, vous pourrez reconnaitre l’appui que je prends sur la façon dont il problématise les données freudiennes et lacaniennes sans oublier la présence du réel. … Lorsque Freud aborde, en 1919, l’apparition de l’angoisse dans son article intitulé « das Unheimliche« , il nous transmet, en fait, le ressort du réel en regard de ce que nous avons de plus intime, « heimlich« . Son dire va au de-là d’une simple opposition « heimlich »- « unheimliche » pour qu’advienne un secret, « heimlich« , création puisqu’ il ne dépend pas de ce qui est « unheimlich« . C’est l’horizon de ce travail.
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Vivre la pulsion, au delà du fantasme

Le 24 juin 1964, au terme de six mois d’enseignement sur « les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse », Lacan, s’adressant « à celui qui a passé par l’expérience de ce rapport opaque à l’origine [1], à la pulsion » s’étonne : « comment un sujet qui a traversé le fantasme radical peut-il vivre la pulsion ? Cela est l’au-delà de l’analyse, et n’a jamais été abordé » [2] Qu’est-ce que transmet Lacan, passeur de Freud passant la psychanalyse ? Qu’il y aurait une fin d’analyse, avec lui, inédite jusque là ? Que son enseignement viserait ce pas encore là ? Laissons-nous travailler par cette invocation…

Le fantasme inconscient et la découverte de la psychanalyse
La naissance de la psychanalyse est située habituellement au moment où Freud peut recevoir l’inattendu d’un rêve [3].
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Inconscient et transmission

« Qu’est-ce que l’inconscient ? La chose n’a pas encore été comprise »
J. Lacan. La méprise du sujet supposé savoir.
Institut français de Naples le 14/12/1967

Si nous voulons essayer de transmettre la singularité de l’inconscient découvert par Freud, nous avons à ne pas oublier qu’il y a une contradiction de structure, repérable chez Freud et nommée par Lacan, entre le désir dont l’analyste a la charge, désir avancé comme x par Lacan, et la résistance qui ne cesse de l’en décharger.

Notre point de départ est là, dans ce clivage propre à tout humain et donc à l’analyste. Sa lecture des textes de Freud et Lacan, sa pratique et les procédures institutionnelles où il s’engage peuvent porter l’analyste à osciller aussi bien entre un bon dedans qui héberge les vrais signifiés et un mauvais dehors où il rejette les faux signifiés, qu’à advenir comme bon entendeur, celui de l’inconscient freudien. Mais qu’est-ce, ce dernier ?
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La voix du père symbolique

« Qui ?, au-delà de celui qui parle au lieu de l’Autre et qui est le Sujet, qui y a-t-il au delà, dont le Sujet, chaque fois qu’il parle, prend la voix ? »
J. Lacan. Les noms du père. Séminaire inédit du 10/11/1963

Je vais essayer de préciser la fonction du père symbolique dans la mesure où elle permet d’évaluer ce que nous appelons le bain de langage indispensable à l’humanisation de l’enfant et, dans la cure, à la symbolisation.

Pour avancer, je m’appuierai sur l’énigme d’une rencontre archaïque (1) entre l’universel du langage spécifiant le pôle paternel et l’univers d’une langue privée, la langue maternelle. Si cette rencontre (2) est d’une inestimable valeur, c’est parce qu’elle conduit à l’inconscient de l’enfant comme création.
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